
Natacha Muslera est une musicienne improvisatrice, compositrice, performeuse et cinéaste qui mène depuis les années 1990 des recherches et créations sonores confrontant tout autant les potentiels vocaux que les problématiques de normalité et d’esthétique dans les limites que l’on assigne à la voix : celle de genre, de sexe, de classe, de langage dominant, la prédominance de certains sens sur d’autres.
Dés les années 90, parallèlement a un apprentissage vocal et musical (CIM Ecole de Jazz, Choeur polyphonique avec Giovanna Marini Paris 8, Chant classique d’Inde du nord avec Kakoli Sengupta Paris-Bombay, Voice classic school, chant lyrique), Natacha irrigue une langue de résistance qu’elle nomme « langue des bois », une langue de l’immédiat, inarticulée, imprégnée d’écosystèmes sonores, de chants ancestraux et expérimentaux. Son travail et ses recherches prennent vie et sens grâce aux multiples collaborations avec des artistes, des musicien·nes, des groupes et collectifs pluridisciplinaires.
En 1998, Natacha découvre l’improvisation libre, sa pratique, son histoire mineure, tout un champ d’exploration s’ouvre à elle. Elle improvise avec Michel Doneda, Jean Sébastien Mariage le duo Baise en ville et intègre un grand ensemble d’improvisation, Nodal, impulsé par David Chiesa avec Mathieu Chamagne, Frédérique Blondy, Lê Quan Ninh, Isabelle Dutoit, Pascal Bathus, Laurent Hovenaers, Mathieu Werchowski, Vincent Geais, Bertrand Gauguet, Jean Sébastien Mariage, Sébastien Cirroteau, Michel Doneda.
A la même période, avec un collectif franco-belge le Shni, iels réalisent des concerts-performances mêlant sons, textes, films d’archives et expérimentaux, projetés en 16mm. Natacha commence à manipuler et agencer son et image avec ses camarades Boris Belay, Nicolas Gerber et Jean Carl feldis. Au début des années 2000, Marseille devient son lieu d’ancrage, elle commence à réaliser une série de ciné poèmes, Pute borgne, en Super 8. En 2008, elle réalise un moyen métrage Angèle de Foligno, tourné en 16mm, Une adaptation libre du Livre des visions et instructions, avec Cécile Duval. Entre 2010 et 2015, d’autres films expérimentaux suivent, Ramallah mon amour, Débâcle, ainsi qu’une série de vidéos performances. Ses films questionnent et déplacent l’autorité du visible et du langage signifiant. Elle imagine des dispositifs où l’expérience de l’écoute amplifie celle du regard, qu’il soit voyant ou non voyant.
Conjointement, Natacha active une pratique quotidienne de l’enregistrement : bruits du monde, luttes, voix, choeur, ondes radios. Avec ses matériaux elle compose pour le cinéma et pour la radio (France musique, France Culture, BBC, Radio Grenouille, Radio libertaire, Arte radio, EAR YOU ARE Bruxelles, Wi Watt’heure, Firefly frequencies, P-node, La vie Manifeste, Résonance Montréal, Chimères Athènes Grèce…).
En 2016, elle obtient une bourse Villa Médicis Hors les murs avec l’artiste eRikm, iels composent un documentaire de création radiophonique relatant les luttes des Premières nations Innus au Québec :« Nitassinan, le territoire nous enseigne la nuit ». Cette création est diffusée sur les radios communautaires au Québec et au Canada et sur France Musique pour les ACR Création on air.
Par ailleurs, Natacha ne cesse de nourrir des pratiques vocales libre et collective dans des contextes variés (Ecole d’art, IME, Centre psychiatrique, Conservatoire, Centre social, Association culturelle…). Ses recherches interroge le « choeur » (sans chef) comme potentiel inouï, intrinsèquement micro politique, terrain d’expérimentation multiple où ce qui fait commun s’invente, de manière éphémère et discrète. Elle met en pratique différents choeurs nomades dés les années 90 : Choeur terrain vague, Choeur pré-socratique (avec Gerard Vincent), Cent coeurs, Choeur in situ, Choeur augmenté…
En 2012, elle insuffle Choeur tac-il, un choeur composé de personnes voyant·es et non voyant·e.s, dans lequel elle conçoit, en compagnonnage avec le choeur, de nouveaux modes compositionnels distanciés du champ visuel. Le Centre national de création musicale, Gmem, à Marseille collabore dés ses débuts à cette aventure. En 2019, avec Alex Quérel, elles obtiennent la bourse Brouillon d’un rêve sonore, pour une création sonore avec Choeur tac-til.
Un Laboratoire vocal s’ouvre en 2015, associé à un ensemble vocal Voix multiphonique. Terrain pratique de recherche et de création, il se déroule une fois par mois au Gmem-CNCM, à la Friche Belle de Mai, à Marseille.
Entre 2021 et 2026, elle co-réalise avec Stefano Canapa L’année qui vient et Un Chant Aveugle, deux films à la lisière du documentaire et de l’expérimental. En 2026, Un chant aveugle est primé au Festival International Cinéma du Réel : Prix du film français (CNAP), Prix de la composition (SACEM), Prix du patrimoine culturel et immatériel.
Aujourd’hui Natacha joue avec différent·es artistes, poètes et au sein de plusieurs groupes et collectifs pluridisciplinaires : Choeur tac-til & Amanda Gardone, Aude Romary et Angelica Castello (Mutantes), Lionel Marchetti (neige sur neige), Goze a blind ecosystem (Choeur tac-til & Lionel Marchetti) — Le UN avec Sophie Agnel, Pascal Battus, Claire Bergerault, Christophe Cardoen, Patrick Charbonnier, David Chiesa, Camille Emaille, Nina Garcia, Amanda Gardone, Bertrand Gauguet, Anouck Genthon, Rozemarie Heggen, Benoit Kilian, Soizic Lebrat, Lionel Marchetti, Michel Mathieu, Jérôme Noetinger, Jean-Luc Petit, Christian Pruvost, Dominique Regef, Aude Romary, Mathieu Werchowski — Christophe Cardoen (Double fente), Antonio Borghini, Pierre Borel, Cécile Duval (Zaoum ba umpf htlm), Cécile Sans (le Geste d’après, Visible par légende, Sous la voix), Stefano Canapa (Tienda oscura, performance), Laure Chartier (Jamais toujours, performance). Michel Doneda (Coyote).
Et d’autres collaborations dans le temps : Catherine Jauniaux (Anorak), eRikm (Cartouche), Mathieu Werchowski, Robin Finker, Fanny Lasfargues, Fabien Duscombs (Future folk stories), Nicolas Gerber & Marie Passarelli (Toc toc), Jean Sébastien Mariage (Baise en ville), Wilfried Wendling, Terminal Beach, Oracle, Patrick Portella (Pansori), Jean Luc Guionnet et Eric la Casa (Home avec Choeur tac-til, Claire Bergerault)…
Depuis les années 90, une vingtaine de disques ont été édités. En 2024, l’album Blind ecosystem avec Choeur tac-til, édité chez Unrec, reçoit le prix coup de coeur Charles Cros.
PERFORMANCES SOLOS Incantation pour vous, vent et grenouille (voix, tambour) — Singing with the trouble (micro poème vocal avec micro cravate, langue des invalides, des cris, des souffles, langue des soin, animale) — Manifestation sauvage (voix en extérieur, acoustique, géologie de la voix, telle une géologue-chauve souris Natacha cherche les échos dans le paysage, les points de tensions dans les falaises, les pierres, les jeux dans les fissures ) — Ondes courtes (voix & radio short wave amplifiée, chercher les langages codés, les voix lointaines, les spectres, les tempêtes….)