à propos…

VOI : X

«  Au coeur des improvisations et compositions s’éprouve une langue que j’appelle «  langue des bois » : l’impossibilité de dire qu’avec le langage dominant et signifiant. Cette langue de résistance, inarticulée, émane de l’immédiat, ancestrale et futur… langue des bruits, des muets, des biotopes, des invisibles, des invalides, des chants improvisés lambeaux de mots…langue des soins, des cris, des souffles, langue en désœuvrement, vibration de lune. » 

 » Au fil du temps, les recherches et créations de l’artiste confrontent tout autant les potentiels vocaux que les problématiques de normalité et d’esthétique, dont les limites que l’on assigne à la voix : celle de genre, de sexe, de classe, de langage dominant, ainsi qu’à la prédominance de certain sens. » 

Au tout début des années 90, à Paris, Natacha nourrit deux passions, la musique et le cinéma. Elle commence par faire des études musicales et vocales : CIM (Ecole de Jazz), Choeur polyphonique avec Giovanna Marini à Paris 8, Chant classique d’ Inde du nord avec Kakoli Sengupta, Paris-Bombay, Voice classic school, chant lyrique. Tout en ayant des bases solides, rapidement elle met en pratique et expérimente la voix comme un instrument polymorphe, hybride, multiple au sein de groupes de musique et de collectifs pluridisciplinaire. Dés 1995 iels tournent en France et à l’international. En 1998, Natacha découvre l’improvisation libre, sa pratique, son histoire mineure, tout un champ d’exploration s’ouvre à elle. Elle improvise avec Michel Doneda, Jean Sébastien Mariage  le duo Baise en ville  et  intègre un grand ensemble d’improvisation, Nodal, impulsé par David Chiesa avec Mathieu Chamagne, Frédérique Blondy, Lê Quan Ninh, Isabelle Dutoit, Pascal Bathus, Laurent Hovenaers, Mathieu Werchowski, Vincent Geais, Bertrand Gauguet, Jean Sébastien Mariage, Sébastien Cirroteau, Michel Doneda.

A la même période, avec un collectif franco-belge le Shni, iels réalisent des performances mêlant sons, textes, films d’archives et expérimentaux, projetés en 16mm. Natacha commence à manipuler et agencer son et image avec ses camarades Boris Belay, Nicolas Gerber et Jean Carl feldis. Au début des années 2000, Marseille devient son lieu d’ancrage, elle active des performances et commence à réaliser une série de ciné poèmes, Pute borgne, en Super 8 . En 2008, elle réalise un moyen métrage Angèle de Foligno, tourné en 16mm, Une adaptation libre du Livre des visions et instructions, avec Cécile Duval. Entre 2010 et 2015, d’autres films expérimentaux suivent, Ramallah mon amour, Débâcle, ainsi qu’une série de vidéos performances. D’une certaine manière ses films cherchent à tordre l’autorité du visible et du langage signifiant. Elle fabrique des dispositifs où l’expérience de l’écoute amplifie celle du regard, qu’il soit voyant  ou non voyant. 

En 2016, elle obtient une bourse Villa Médicis Hors les murs avec l’artiste eRikm, iels composent un documentaire de création radiophonique relatant les luttes des Premières nations Innus au Québec :« Nitassinan, le territoire nous enseigne la nuit ».

Au fil du temps, une des pratique quotidienne de l’artiste consiste à écouter et enregistrer les bruits du monde (écosystèmes sonores, luttes féministes, radio ondes courtes, langage et chants inarticulés). Avec ses matériaux, elle compose pour des films, pour la radio, pour des disques… D’autres part, Natacha entame des recherches autour de chants de tradition orale, qui tendent vers la culture chamanique, animiste, au bord de la disparition (France, Corée, Japon, Italie, Amérique du sud…).

Par ailleurs, Natacha ne cesse d’irrigue des pratiques vocales libre et collective, dans les institutions et hors institutions. Les recherches de l’artiste interroge le « choeur » (sans chef) comme potentiel inouï, intrinsèquement micro politique, terrain d’expérimentation multiple où ce qui fait commun s’invente, de manière éphémère et discrète. Elle met en pratique différents choeurs nomades dés les années 90 : Choeur terrain vague, Choeur pré-socratique (avec Gerard Vincent), Cent coeurs, Choeur in situ, Choeur augmenté…

En 2012, elle insuffle Choeur tac-il, un choeur composé de personnes voyant·es et non voyant·e.s, devenu·es ami·es, dans lequel elle continue de concevoir de nouveaux modes compositionnels, distanciés du champ visuel. Le Centre national de création musicale, Gmem, à Marseille collabore dés ses débuts à cette aventure. En 2019, avec Alex Quérel, elles obtiennent la bourse Brouillon d’un rêve sonore, pour une création sonore avec Choeur tac-til. 

En 2015, Natacha ouvre un Laboratoire vocal, associé à un ensemble vocal Voix multiphonique. Terrain pratique de recherche et de création. Il se tient une fois par mois au Gmem-CNCM, situé à la Friche Belle de Mai, à Marseille.                                                                                                                                                                                                                                           Entre 2021 et 2026, Natacha co-réalise avec Stefano Canapa : L’année qui vient et Un Chant Aveugle.

Les films sont diffusés au sein de différents festivals nationaux et internationaux (FID, Peuple et Culture, Instant vidéos, Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris, Video Bardo Buenos Aires, Festival vidéo de Ramallah, Cinéma Parallèle Montréal…) et sur plusieurs sites, notamment sur le site Dérives.

Son cheminement est jalonné de rencontres où se tissent (ou se sont tissées) des complicités avec les musicien·nes et artistes tels que Choeur tac-til & Lionel Marchetti, Michel Doneda (Coyote), Cécile Duval (Zaoum ba hump’f), Le UN (société d’improvisation), Aude Romary et Anglelica Castello (Mutantes), Christophe Cardoën, Jérôme Noetinger, Catherine Jauniaux, Mathieu Werchowski (Future folk stories), Stefano Canapa (Tienda oscura), Cécile Sans (Sous la voix), eRikm, Nicolas Gerber, Jean Sébastien Mariage, Wilfried Wendling, Jean-Carl Feldis, Boris Belay, Terminal Beach, Oracle… 

Ses recherches prennent vie et se concrétisent lors de concerts, de performances sonores et plastiques, en France et ailleurs Japon, Inde, Italie, Grèce, Russie, Belgique, Argentine, Allemagne, Québec, Canada, Islande, Hongrie, Espagne, Maroc, Autriche, Palestine, Suisse…

 Ses compositions sont diffusées sur les ondes locales, nationales, internationales et web radio, site collectif, revue en ligne, festival : radio Grenouille, radio Libertaire, radio Galère, France Culture, France Musique, BBC, Arte radio, EAR YOU ARE Bruxelles, Wi Watt’heure, Firefly frequencies, P-node, La vie Manifeste, Résonance Montréal, Chimères Athènes Grèce…  

2022 Entretien écrit en ligne Hémisphère son par Anne Montaron                                                        

CREATIONS EN COURS  

Un Chant Aveugle, 63′ (France- Japon) 16mm numérisé. co-réalisation Stefano Canapa – Musique Lionel Marchetti – Audio écriture : Cécile Sans – Avec Choeur tac-il. Co-producteur : V(o)lte (Marseille/Berlin), Off-cells, Daltonica. 

MUTANTES avec Aude Romary et Angelica Castello 

Jamais toujours avec Laure Chartier, performance-installation,  pelotes de fils fabriqués collectivement, puis dépliées dans l’espace, voix revenantes, grelot, radio ondes courtes. 

L’ANNEE QUI VIENT,  film co-réalisé avec Stefano Canapa  2024 — CHOEUR TAC-TIL avec Lionel Marchetti (électroniques) — ZAOUM BA UMP’F HTLM avec Cécile Duval (comédienne, auteure)COYOTE avec Michel Doneda (saxophones) invité François Rossi (batterie), LE UN (société d’improvisatrices)  — FUTURE  FOLK  STORIES avec Robin Fincker (saxophone ténor, clarinette), Mathieu Werchowski (violon / machines), Natacha Muslera (voix / poste radio à ondes-courtes), Fanny Lasfargues ( basse électroacoustique), Fabien Duscombs (batterie), Anaêlle Marsollier (sonorisation) TIENDA OBSCURA, performance avec Stefano Canapa — SOUS LA VOIX, textes de Cécile Sans, Edition Série Discrète, Partition vocale et dessinée de Natacha Muslera, double lecture                                                                                               

RESIDENCES 2024 LABORATOIRE VOCAL-VOIX MULTIPHONIQUE, Gmem, Marseille – Montage Nos Yeux, la Nuit – Atelier Daltonica, Mulino Dolcedo, V(o)lte Marseille – Modéré et chantant avec Emmanuel Vigier et Fanny Touron, Studio Euphonia – LE UN, la MECA, L’oara Bordeaux 

PERFORMANCES VOCALES  Incantation (voix, tambour, radio ondes courtes) — Singing with the trouble (micro poème vocal avec micro cravate)Manifestation sauvage (voix en extérieur, acoustique)Ondes courtes (voix & radio amplifiée)

Improvisations, rencontres, créations communes de maintenant à 1990 et dans le désordre

Angelica Castello, Jérôme Noetinger, Soizic Lebras, Mathieu Werchowski, Robin Finker, Fanny Lafargues, Fabien Duscombs, Mathilde Monfreux, François Wong, Dave Kane, Simon Fell, Martine Altenburger, Lê Quan Ninh, Alexander Frangenheim, Benoit Cancoin, Oracle (Caroline Daish, Justine Maxelon, Michèle Yang), Cécile Sans, Michel Simonot, Jean Luc Guionnet, Eric la Casa, Aude Romary, Christophe Cardoën, Stefano Taïuti, Floy Krouchi, Ana Maria Rodriguez, Cécile Duval, Erikm, Michel Doneda, Terminal beach, Nicolas Gerber, Boris Belay, Patrick Portella, Catherine Jauniaux, Caroline Daish, Objet direct, Jean Sébastien Mariage, Davide Barbarino, Wilfried Wendling, Emmanuel Cremer, Harris Lambrakis, Stephanos Chytiris, Jean Carl Feldis, Nodal (David Chiesa, Mathieu Chamagne, Frédérique Blondy, Lê Quan Ninh, Isabelle Dutoit, Pascal Bathus, Laurent Hovenaers, Mathieu Werchowski, Vincent Geais, Bertrand Gauguet, Sébastien Cirroteau, Michel Doneda, Jean Sébastien Mariage) Marie Passarelli, Gianni Gebbia, Christophe Chevalier, Nicolas Becker, Arsène Koundé, Ravi Magnifique, Raul Colosimo, Emiliano Turi, Emiko Sharpley, Bettina Kee, Gilbert Roggi, Michel Simonot, Frédéric Galliay, Philippe Thifaine, Massimo Carozzo, Titus Hoppman, Nicolas Gorge, Stéphanie K Echeinberg, Gerard Vincent, Pascal Cornus, Sylvie Beaujard, Damien Shultz, Américo Rodrigues, Sala Benkou, Bartolomé Ferrando, Aymeric Hainaux, Herma Auguste Wittstock, Llorenç Barber, BBB Johannes Deimling, Philippe Foch …

« Pratiquer un polyglottisme sauvage, à la fois brumeux et ciselé, ce n’est pas rien dans une société de contrôle comme la nôtre, d’une certaine manière cela nous confronte à notre inconscient colonial : maîtres fous, âmes offensées… » NM

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